Brel... Alexandrie
Oeuvres de M. F.
Photos Illustrations
Brassens... Adieu
Brel... Alexandrie
Gribouille
Hommage à Marie-Thé Fakhoury
Alexandrie
Photos Divers
POÉSIE:
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1 - LES MÉLODIES DU COEUR
2 - LES BOMBES DE LA PAIX
3 - HOMMAGE À JACQUES BREL
4 - ALEXANDRIE... UN RÊVE INACHEVÉ
5 - LES MÈRES DE CHEZ NOUS
6 - MON PÉRE CE RITAL

1 - LES MÉLODIES DU COEUR
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Aux voeux habituels: Amour, Santé, Bonheur
Je voudrais associer les miens, plus idylliques
Tant pis si quelques uns paraissent utopiques
Je crois à la vertu des mélodies du coeur

Je souhaite à chacun de croire en son étoile
De pouvoir entreprendre et de créer des liens
D'exclure le prétexte en trouvant des moyens
De surmonter les flots en déployant ses voiles

Je souhaite à chacun dès la pointe du jour
Pour la grandeur de l'âme et la beauté du geste
De jeter aux orties ses rancoeurs indigestes
D'étonner ses voisins en leur disant "Bonjour"

Je souhaite à chacun la détermination
D'abattre ses remparts, de briser ses barrières
De franchir les bornes de ses propres frontières
Pour poursuivre en commun la même direction

Marcel Fakhoury (2000)

2 - LES BOMBES DE LA PAIX
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Choisir un beau papier de couleur arc-en-ciel
Cueillir un brin d'espoir, une grappe de rêve
Un rayon de bonheur quand le soleil se lève
Éliminer tout ce qui est superficiel

Rajouter du sourire et de la bonne humeur
De la joie, de l'amour et de la tolérance
Répandre le civisme avec persévérance
Conformément au geste auguste du semeur

Assaisonner la vie de précieux condiments
Un zeste d'optimisme et beaucoup de confiance
Du respect pour autrui et de la bienveillance
Un esprit solidaire et de bons sentiments

Confectionner quelques myriades de paquets
Un avion en papier en forme de colombe
Ainsi que le mot "Paix" écrit sur chaque bombe
Planer sous les étoiles et lancer vos bouquets

Vous verrez, vous verrez, mes frères et mes soeurs
Le monde brillera comme un feu d'artifice
Nous léguerons les plans d'un nouvel édifice
Dont nos enfants, plus tard, seront les bâtisseurs

Marcel Fakhoury (2006)
 


3 - HOMMAGE À JACQUES BREL
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Il portait en secret le chagrin des départs
Il s'était préparé pour ce dernier voyage
Il n'avait que l'amour à offrir en partage
Mais il voulait partir où personne ne part

Il y avait l'Emile à son dernier repas
Le Curé et puis Jeff, Frida et la Fanette
Qu'on entend chaque fois qu'une vague s'arrête
Il guettait Madeleine, elle ne viendra pas

Pourtant il espérait qu'au jour de son trépas
Elle serait venue avec les bons apôtres
La pluie les a soudés semble-t-il l'un à l'autre
Il lui aurait chanté: Viens ! Ne me quitte pas !

Ses pairs étaient présents et puis quelques flamands
Et même des bourgeois, pourtant qu'il n'aimait guère
Il y avait ses chiens, ses chats et puis ses frères
Mathilde, Marieke et les vieux amants

Parmi eux traînassaient quelques gens bien pensants
Près de maître Jojo qui se prend pour Voltaire
se tenaient par la main trois ou quatre notaires
Désertant vers minuit l'hôtel des "Trois Faisans"

Ils sont venus lui dire un dernier adieu
Partager entre amis une ultime ripaille
Rire, boire et chanter avant qu'il ne s'en aille
Avant qu'il ne prenne le train pour le bon Dieu

Ils avaient peints leur coeur et le sien au vin blanc
Ces paumés du petit matin à l'âme fière
Ils avaient dans les yeux un bouquet de prières
Le verre à moitié vide entre leurs doigts tremblants

Dès que l'on entama une valse à trois temps
Une fille s'est mise à danser en silence
La voilà qui sourit déjà, qui recommence
Une valse à vingt ans au rythme du printemps

S'adressant aux marins d'Amsterdam et d'ailleurs
A la Madame Andrée, à la mère Françoise
Qui a depuis longtemps effacé son ardoise
Le moribond disait: "Adieu ! Je pars aux fleurs"

"Adieu ! La mort m'attend là-bas dans les lilas"
"Je m'en vais seul bercé par la dernière vague"
"Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague"
"Je n'irai pas plus loin, la fin est bientôt là"

"Puisque je dois partir au pays sans retour"
"J'emporte mes chagrins, mes rêves, mes blessures"
"Mon coeur a trop tenté d'atteindre sans armure"
"L'inaccessible étoile et l'impossible amour"

"Je m'en vais jeter l'ancre au nord, parmi les joncs"
Puis il s'en est allé sans haine et sans reproche
Rejoindre les éclairs, des rêves plein les poches
Léguant au monde entier ses plus belles chansons

Marcel Fakhoury (2002)


4 - ALEXANDRIE... UN RÊVE INACHEVÉ
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Autrefois, je vivais dans une ville antique
Sous l'oeil des Pharaons, des Grecs et des Romains
La mer était si bleue, le ciel si poétique
Que je pensais tenir le monde entre les mains

Les plages de chez nous portaient des noms magiques
Stanley, Cléopâtra, Sporting, Sidi-Gaber
Chacune éveille en moi des pensées nostalgiques
Quelques brins de muguet dans mon jardin d'hiver

Des souvenirs lointains rangés dans ma mémoire
Que je croyais perdus, s'animent devant moi
Chaque lieu, chaque objet me rappelle une histoire
Qui jaillit du passé pour me remplir d'émoi

Je revois la maison rose qui m'a vu na�tre
Et l'étroite ruelle où je jouais jadis
Les "Nonnas", les "Geddos" penchés à leur fenêtre
Les marchands ambulants, les vendeurs de maïs

Je revois mon école et son portail qui grince
Le cher frère en soutane et mon vieux tablier
Ma chaussure trouée, mon estomac qui pince
Devant le tableau noir, la plume et l'encrier

Je revois sur la mer les reflets de Neptune
Puis cette jeune anglaise à la robe indigo
Qui chantonnait pour nous, le soir au clair de lune
"Old Mac Donald had a farm, hia, hia, ho !"

Je revois le tramway, l'antre cosmopolite
Que tous les lycéens prenaient chaque matin
J'entends avec bonheur leur parler insolite
Un zeste de français, de grec et de latin

Je revois cette fille au visage angélique
Avec qui je dansais harmonieusement
Serrés, joue contre joue, quand ma bouche impudique
M'attira vers la sienne irresistiblement

Je revois la corniche et la dernière vague
Qui suivit mon exil en escortant mes pleurs
Mon chagrin si profond, mon esprit qui divague
Sur ce grand paquebot qui m'emportait ailleurs

Enfant de mon pays, je t'offre ce poème
Que tu sois d'Aboukir ou bien d'El Alamein
Alexandrie pour nous sera toujours la même
Un rêve inachevé "Ya leil, ya leil, ya hein !"

Marcel Fakhoury (2004)


5 - LES MÈRES DE CHEZ NOUS
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Les mères de chez nous, fières alexandrines
Vivant au rythme doux de l'antique cité
Portaient de beaux prénoms, puisés dans leurs racines
Deborah, Despina, Salma, Félicité

Les mères de chez nous avaient pour tout loisir
La messe du dimanche ou une promenade
Au jardin de Nouzha, et l'immense plaisir
D'aller au bord de mer boire une limonade

Les mères de chez nous, jouissaient du bien-être
Des scènes de la rue et des mille rumeurs
Que l'on se racontait de balcon à fenêtre
Le soir avant dîner et selon ses humeurs

Les mères de chez nous, à la veille des fêtes
Fleuraient bon le persil, la menthe et le cumin
Puis, au lever du jour, devenaient plus coquettes
Semant sur leur passage une odeur de jasmin

Les mères de chez nous ont connu la souffrance
Quand l'époux s'en alla vers un ciel plus clément
Le vide qu'il laissa préluda leur errance
Il creusa leur visage, engendra leur tourment

Les mères de chez nous n'ont pas pu se remettre
Les enfants, en quittant le pays tour à tour
Les laissèrent cloîtrées, attendant une lettre
Qu'elles liront cent fois, priant pour leur retour

Les mères de chez nous d'une voix incertaine
Fredonnaient les refrains que les gamins jadis
Chantaient joyeusement à la claire fontaine
Avant de s'exiler vers de faux paradis

Les mères de chez nous, frappées par le destin
Emportant dans leur coeur une peine profonde
Quittèrent le pays pour partir un matin
Rejoindre les enfants à l'autre bout du monde

Les mères de chez nous tenaient aux traits d'union
Le vieux chapelet gris, des photos défrichées
Celles du mariage et de la communion
Une lettre jaunie et quelques fleurs séchées

Les mères de chez nous, résignées et amères
Lasses de trop pleurer, dépourvues de printemps
Retrouvaient quelquefois des bonheurs éphémères
Penchées sur ces photos délabrées par le temps

Les mères de chez nous ont fermé leurs paupières
Dans la béatitude et la félicité
Dédiant leurs pensées et d'ultimes prières
Aux lointains souvenirs de l'antique cité

Marcel Fakhoury (2007)

6 - MON PÈRE CE RITAL
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J'écris au nom de tous les miens
Les Calabrais, les Siciliens
Qui peuplaient les bords de l'Isère
Pour fuir la guerre et la misère

Au nom du père ce rital
Qui a quitté son sol natal
Pour chercher un peu d'espérance
En venant s'installer en France

Ce fut là son Eldorado
A ce bon padre "Cataldo"
Ce vieux maçon plein de courage
Qui répugnait d'être au chômage

Fier d'être rital et prolo
Dès l'aube il partait en vélo
Avec son sac et sa truelle
Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il grêle

Dans le vieux quartier St Laurent
L'usage était bien différent
Car derrière chaque persienne
Vibrait une âme sicilienne

À table, ma mère parfois
Sur un vieil air d'autrefois
Chantait d'une voix cristalline
Au rythme d'une mandoline

L'ennui ne nous traversait pas
Surtout à l'heure des repas
C'était un moment de folie
Où fusaient des airs d'Italie

Papa chantait avec brio
Le sublime "O sole mio"
En pensant à sa vieille ferme
Perdue dans un coin de Palerme

J'aurai voulu qu'il vive encor'
Retrouver le même décor
La même joie, la même ambiance
Qui ont bercé ma tendre enfance

Mais pour ce père attentionné
Un matin le glas a sonné
Notifiant ainsi, à la ronde
Le rital n'est plus de ce monde

(Poème dédié à mon ami Tino le Rital)

Marcel Fakhoury (Avril 2008)

 

 

 

 

 

 

 

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28/07/02