1 - NATURE ET SOLIDARITÉ
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À l'aube de l'an neuf, j'adresse à mes amis
Des souhaits ingénus, un voeu qui m'interpelle
La remise en vigueur de desseins endormis
Pour diriger nos pas vers une ère nouvelle
Je souhaite à chacun le décloisonnement
De toute idée reçue, de proscrire les bombes
De lutter pour sauver notre environnement
De créer une armée de cent mille colombes
D'observer les rayons du sublime faisceau
Qui dépeint l'amitié et l'esprit d'ouverture
De clamer par le coeur, la plume et le pinceau
Notre amour du prochain, la foi en la nature
De penser à l'enfant perdu dans un taudis
Quit vit dans la misère et dans la déchéance
Qui n'a jamais cessé de croire au paradis
Qui réclame notre aide et un peu d'espérance
Je souhaite à chacun une année de bonheur
Que chaque heure qui passe, exaltante et féconde
Fasse que dans nos yeux scintille une lueur
Qui reflète l'espoir et l'avenir du monde
Marcel Fakhoury
2 - L'ADIEU D'UN CHIEN À SA FAMILLE
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Désolé, je tourne la page
J'ai choisi d'abréger mes maux
Je pars pour un dernier voyage
Au paradis des animaux
Je vous tire ma révérence
J'ai mis un terme à mes douleurs
Ne regrettez point mon absence
Je vais là où poussent les fleurs
Quand je serai parmi les anges
Je me souviendrai du hameau
Où les moineaux et les mésanges
Chantaient gaiement sur un rameau
Où le soir, près de la fenêtre
Comme un fidèle admirateur
Je dévorais des yeux mon maître
Penché sur son ordinateur
C'est dans ce coin un peu bohême
Que j'ai vécu mes plus beaux jours
Entre une prose et un poème
Gravés dans mon coeur pour toujours
Je m'endormais dans ma panière
Le coeur léger, l'esprit serein
Qu'elle était douce ma chaumière !
Qu'il est immense mon chagrin !
Adieu mon maître, adieu maîtresse
Merci pour les moments heureux
Vous m'avez comblé de tendresse
Et de sentiments chaleureux
Je vais rejoindre l'autre monde
Le jardin de sérénité
Où nous entraîne dans sa ronde
L'horloge de l'éternité
Marcel Fakhoury (2008)
3 - HOMMAGE À GEORGES BRASSENS
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Parce qu'un poète de génie de meurt pas
Un matin j'ai osé entrouvrir cette grille
Qui conduit les croquants de la vie à trépas
Je voulais à tout prix rencontrer le gorille
De là, je suis parti comme une jolie fleur
Déguisé, pour la cause, en une peau de vache
Malgré les moqueries d'un merle persifleur
J'accélérais mes pas pour accomplir ma tâche
Je fis un premier tour chez les copains d'abord
Puis chez le vieux Léon et chez Bacchus, l'ivrogne
Le mouton de panurge avait viré de bord
Tandis que le grand Pan voyait rougir sa trogne
Dans ma ronde je vis, si vous me pardonnez
Un sujet repenti et même la camarde
Il restait quelques fleurs dans le trou de son nez
Semées par ce voyou, sans doute par mégarde
Je l'ai cherché partout, chez le tonton Nestor
Chez le brave Auvergnat, aux noces de Jeannette
Chez son oncle Archibald, chez la femme d'Hector
Même chez ses maîtresses Hélène et Marinette
Je l'ai cherché en vain, dans les bois de mon coeur
Chez sa Jeanne et auprès de son arbre superbe
Sous le bel amandier et chez le fossoyeur
Dans les près, les lilas et dans la mauvaise herbe
Lui qui n'avait jamais retiré son chapeau
Sauf pour cette poupée qui lui offrit sa bouche
Lui qui passait son temps à jouer du pipeau
Aux filles à cent sous qui partageaient sa couche
Il n'était nulle part ce joueur de flûteau
Ni sur les bancs publics, ni dans l'étroit passage
Où se pressent les gars sur les flancs d'un coteau
Au moment où Margot dégrafe son corsage
En lançant à Vénus ma ronde de jurons
En me mordant les doigts d'avoir raté ma tâche
Je vis passer au loin deux cocasses lurons
Le plus grand exhibait une fière moustache
En l'entendant chanter "Le rut, le rut, le rut !"
Je reconnus la voix de notre joyeux drille
Il tenait par l'oreille un vieux juge en bois brut
Qui en criant "Maman !", hurlait "Gare au gorille !"
Gare au gorille !
Marcel Fakhoury (2005)
4 - L'ÎLE DES MUSICIENS
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Moi qui ai tant rêvé d'une île
Entre le ciel et l'océan
Où je pourrai vivre tranquille
Comme Lama dans sa chanson
J'y emmènerai une blonde
Qui eut jadis beaucoup d'amants
Sidonie ou bien la Joconde
Lili Marlène ou la Manon
Tous les voyageurs sans bagages
Seront présents au rendez vous
Les amis venus des nuages
Et les paumés de n'importe où
Toutes les gueules de métèques
Les marginaux, les mal aimés
Le juif errant, le pâtre grec
Les compagnons du vent mauvais
Je dédierai plein de chansons
Et offrirai mes lendemains
A l'étranger qui sans façon
M'a donné quatre bouts de pain
Sur le récif de ma rengaine
Au rendez vous du tram 33
Brel attendra sa Madeleine
La nostaglie au bout des doigts
Et puisque je serai son guide
J'irai au bras de Nathalie
Tant pis la place rouge est vide
Et je sais que Paris s'ennuie
Nous ramasserons à la pelle
Les feuilles mortes de l'hiver
Les souvenirs qui s'amoncellent
Ceux de Cosma et de Prévert
Puis nous jouerons à la marelle
Cerisiers roses et pommiers blancs
Et je mourrai d'amour pour elle
Comme Tino dans sa chanson
Et si parfois la mer est grise
Et que ma mie le soit un peu
Nous jouerons à trousse chemise
Sur une mousse de soie bleue
Le soir quand les vagues s'arrêtent
Sur les rives nous entendrons
La voix douce de la Fanette
Et les sanglots d'un violon
Puis nous effeuillerons nos coeurs
Au rythme des voix oubliées
En écoutant battre en douceur
L'horloge de l'éternité
Marcel Fakhoury (1989)
5 - L'ÎLE ENCHANTÉE
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Quand revient le printemps
Sur une île lointaine
Où chantent les sirènes
Depuis la nuit des temps
Les lutins d'autrefois
Les nymphes vagabondes
Racontent à la ronde
Il était une fois
Dans un site enchanteur
Un papillon sommeille
Dans les bras d'une abeille
À l'ombre d'une fleur
Ils ont pris les chemins
Des elfes et des anges
Bercés par les mésanges
Et l'odeur des jasmins
Dans ses sabots crottés
La belle de Lorraine
Et ses trois capitaines
Y dansent tout l'été
La blonde Cendrillon
La douce Blanche Neige
Font des tours de manège
Au son des carillons
Et le prince charmant
Le coeur plein de tendresse
Chante pour sa princesse
La belle au bois dormant
Chacun a sa maison
Son palais de chimère
Son château de lumière
bâti sur l'horizon
Un jour nous partirons
Vers cette île magique
Aux couleurs féeriques
Qui nous enchanteront
Là-bas nous mènerons
Une vie de bohême
J'écrirai des poèmes
Qui te passionneront
Nous rêverons devant
La beauté d'une toile
En cueillant les étoiles
De la rose des vents
Puis, les yeux dans les yeux
Nous valserons en douce
Sur un tapis de mousse
Sous la voûte des cieux
Marcel Fakhoury (2002)